12.05.2006

Anecdote

Il y a des jours comme ça où l’humanité me ravit et m’étonne... (Sentence pompeuse annonçant une morale de fable, j’en conviens…)(Mais bon).

Hier. Soirée à l’institut. Des pontes, paraît-il. Des sourires, des rouges à lèvres, des verres d’alcool. Des bruits de couloir. Des stratégies de diffusion. Mon futur métier ?

Sans un papier dans le Monde, de toute façon, ça n’aura pas d’écho. Ils dominent, on le sait. Ah la la, j’appelle Jean-Claude tous les jours en ce moment, je suis d’une impatience !

Malgré tout, une vraie modestie. Une petite fille que l’on gâte. Elle le sait, elle le dit. Elle s'amuse...

Et puis ce constat. Chef, choufe, il manque un bouquin !! (J’aime bien appeler mon chef chef) (Lui pas trop, mais ça fait rire le client, en général) (c'est vrai, mon chef n'a pas du tout une tête de chef ! ). Quelqu’un l’a pris avant qu’on sorte. Franchement c’est lourd. On est en Allemagne que diable, et à l’Institut français encore ! Un public averti. Comme quoi. Bon en même, comme le chef était là aussi peut pas m’engueuler. C’est déjà ça, vu les gaffes que je fais parfois, hihi... « Délicieusement primesautière », a dit de moi quelqu’un, un jour. C’était poli. Ah la la, faudra que je raconte, à l’occasion ! Genre zapper que le 8 mai est pas férié ici. Hum…

Mais passons.

Le lendemain. Mon chef raconte. Un appel. Une dame, ne sachant pas si elle doit parler français ou allemand. Qui continue en français, mal assurée. « Il faut que je vous dise…J’ai mauvaise conscience..Oui, hier, vous savez… voilà...j’ai pris un livre en partant.. je voudrais le payer . » Arg ! "Faute avouée à moitié pardonnée", c’est moitié prix, Madame ! (Non là je me laisse emporter…)
Mais voilà quoi!

J’adore …

*toutsourire*

05.05.2006

Un 1er mai à Kreuzberg






Bienheureux punks et punkettes !! Riez donc ! Aujourd’hui est votre jour ! Vous pouvez vous pavanez, chargés de vos plus beaux atours, dans la douceur de cet après-midi de printemps. Parce qu’il a du vous en falloir, du temps, pour vous habiller ! Autant de temps que moi en une semaine, vraisemblablement. Parce que le destroy, ça se cultive, n’allez pas croire ! la crête se doit d’être bien crêtée, le trou de tomber au bon endroit, impeccable, la déchirure de comporter le bon dosage de fils récalcitrants.. Ajoutez à cela un maquillage parfaitement maîtrisé sous des apparences carnavalesques. Tout cela relève de l’alchimie la plus subtile. Et d’ailleurs, nous qui nous qualifierions de « normaux » sommes bien moins normés qu’eux..

Mais pour l’heure, la journée appartient encore à la foule : celle des jeunes, des vieux, des enfants. C’est l’heure de la vraie fête populaire, celle qui rassemble dans des odeurs de grillades et de barbes à papa, devant des concerts rock, reggae, folklorique… La communauté turque n’est pas en reste ; elle a une grande estrade et offre aux yeux des passants fascinés des airs et des danses de chez elles, de ces danses séculaires qui se dansent tous en rond en se tenant par les petits doigts sur un rythme endiablé Aujourd’hui, vous aussi vous avez votre place, alors faites nous voyager !

Quittant la place, ce sont les cortèges de manifestants, clamant des slogans altermondialites, écologistes, communistes, sur de la musique techno. C’est la parade des chars aux couleurs vives et aux décorations plus réussies les unes que les autres.

Mais la nuit tombée, à vous la scène ! Toujours le même carré de rues au cœur de Kreuzberg. Toujours le même mode opératoire : on reste calme, on laisse les badauds écouter tranquillement leur concert, et puis tout à coup, baoum, c’est l’assaut ! Le spectacle attendu commence…Un grand drapeau rouge en tête de cortège, une explosion, des visages parfois protégés par une cagoule, on se lance sur les flics massés en cohortes au bout de la rue. Pour l’occasion, on vous prête des renforts bavarois qui se font prendre en photo sous les plaques des rues et dont l’accent chantant pose d’inévitables problèmes de communications avec les autochtones…Et c’est la course poursuite qui commence, chacun observant l’autre, puis, à un moment jugé opportun, se jettant sur l’ennemi. Les punks amassent des bouteilles, juqu’au moment où ils doivent reculer pour refaire le plein de munitions. Alors là, ce sont les flics qui avancent. Etc. Mais voilà que ces petits rusés font semblant de reculer, pour mieux se ruer sur le premier rang des punks ! Ah ah, t’es coffré mon petit gars ! Allez, va, c’est pas grave, tu feras mieux l’année prochaine. Là, c’est un contener qui flambe, un flic imperturbé par la bouteille qui vient se casser sur son casque.

Nous sommes au théâtre. Il y a la rue, ou se font face les protagonistes. Mais les trottoirs, eux, restent pour l’instant un espace sacré où le public prend place, debout sur les tables et les bancs des cafés et bouibouis. Devant moi, une table s’effondre brusquement, faisant effectuer un court voyage en l’air à ses hôtes : sans crier gare, ils se retrouvent tous dans la même position parfaitement verticale, mais un mètre plus bas. Voilà le paysage dégagé ! Pourtant, l’activité de spectateur comporte certains risquent. C’est un spectacle qui se mérite. Changement de cap : ils bifurquent et ils arrivent sur nous ! Vite, courir dans le bruit des expositions pour se mettre à l’abri sur une autre table et leur laisser ce champ libre. Je me colle derrière Gregor parce que quand même, ça fait un peu peur, et puis lui il est grand. La fille juste à côté de moi se prend une bouteille en pleine tête. Heureusement, elle s’est brisée net, la fille est assommée mais ne saigne pas. Franchement les mecs faites gaffe quoi, essayez de viser juste bon sang !!
Pendant ce temps, la fête continue, les musiciens sur scène ne s’arrêtent pas. Ils lancent des appels pacifiques, mais leur musique excite au contraire les chercheurs de bagarre. Tout le monde continue à danser, ceux de la rue aussi. Ils dansent devant les flics, les invite les suivre, les provoquent. Mais ce sont des durs placides, ils ne se laissent pas intimider, qu’est-ce tu crois !?! Ils filment en silence , leurs formations se font et se défont selon une tactique obscure. Petit groupe d’éclaireurs, ils essaient de ne pas se faire encercler par les poubelles en flamme. Ensuite, interviendra le renfort, quand la fête aura assez duré.

Je m’amuse de ce spectable, entre réalité et fiction. Certes, je sens la chaleur du feu, je vois les bouteilles valser. Mais c’était attendu. Pas une explosion brutale de violence, non. Plutôt un rituel bon enfant, une grosse envie de bagarre. Mais quand ils commencent à déterrer les pavés, on s’en va. Gregor me dit que ça continuera toute la nuit.

Vous voyez, petits punks et punkettes, la société vous aime ! La rue crie avec vous. « Tirez-vous ». On n’aime pas les flics, à Kreuzberg. Vous en effrayez certains, mais vous avez une vraie place, reconnue et indiscutée. La société allemande attentiste vous est reconnaissante de vos actions passées. Vous étiez les seuls à avoir osé combattre les néo nazis avec une réelle conviction, joignant les actes à la parole, adoptant une attitude à la mesure de la leur. Vous avez soulevé le problème à bras le corps. Et on s’en souvient. Alors, tous les ans, on célèbre votre fête. On vous offre une belle bagarre. Cette fois-ci, vous avez été moins gâtés que d’habitude, ou plus raisonnables, c’est selon : à peine 40 flics blessés…

Alors à l’an qué vin , comme on dit chez moi en Provence !

30.04.2006

Et dans Berlin résonnent

Et dans Berlin résonnent, pêle-mêle, bruits électriques et mécaniques, rouages huilés du métro, (wir sorgen dafür), trafic des voitures ou rumeurs des chantiers, ces friches innombrables, cicatrices encore ouvertes d’un Berlin déchiré, Berlin qui retentit de son passé, Berlin pourtant tellement Modernité… Tout en vacarmes et mélanges, du design discret à l'alternatif déjanté, électro d’avant-garde, échos jazzy des années folles émanant des sous sols, auxquels répondent des rythmes orientaux, venus du lointain, d’une arrière cour ou d’un restaurant au poste grésillant, dans les rues de la Petite Istambul… ce nom magique que dessine en l’air la fumée des narguilés…
Je porte ma djellaba, je bois le café dans un verre.. Et j’habite à Berlin Est. Réalité passée pourtant si présente. Cafés nichés au creux d’anciens appartements, lumières et musiques.
Et dans Berlin résonnent les rires de ma nouvelle vie, je ris et rêve en Allemand, mais j’aime en Français, inconditionnellement… Je rêve avec des fautes…Ces accents variés, ces R qu’on roule ici et qu’on gratte par là. Ce prof que j’écoute comme une amante passionnée, à la dérobée, déraisonnablement, formidablement… Attentive à la formulation, les mots communs revêtent pour des oreilles étrangères un charme particulier, reprennent leur pouvoir brut et fascinant…
Et dans Berlin résonne l’espace, résonne le soleil, résonne la nuit la vie souterraine…Résonne le silence de tes mails…
J’habite à Berlin Est…

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